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« Virilité abusive », ou les délires du rappeur Eddy de Pretto

On parle plus de lui pour ses concepts délirants sur la virilité que pour sa musique. Dans une interview au média Brut, le « rappeur » Eddy de Pretto dénonce les « pressions sociales » subies par les garçons à travers ce qu’il nomme la « virilité abusive ».

Un thème qu’il aborde notamment dans sa musique « Kid » (à voir ci-dessous, à vos risques et périls…) et qu’il cherche, tant bien que mal, à développer. Concrètement, l’artiste de 25 ans originaire de Créteil considère que, depuis l’enfance, « le gars a cette pression sociale totale » qui lui impose de « rouler des mécaniques », d’« être costaud » ou encore de « porter le foyer ». Pour lui, « c’est au même titre que “tu dois être dans la cuisine, ma fille” »… Arrêtons-nous un instant sur ce point.

Pour ce qui est de la place de la femme « à la cuisine », il s’agit d’un argumentaire caricatural, bien connu des féministes, pour qui le fait d’élever des enfants et de s’occuper de son foyer serait la plus dégradante des conditions. Passons. Concernant la « pression sociale » qui est imposée aux hommes cette fois, et c’est là le sujet principal du rappeur, de quoi s’agit-il ? De sa propre bouche, ce que la vilaine société oppressante impose aux hommes consiste à « être apte à se bagarrer, à être puissant, à être vaillant ». Le tout dans le but, odieux, inadmissible, de « porter le foyer ». En somme, d’être suffisamment fort pour protéger les siens. Et ça, Eddy de Pretto ne l’accepte pas.

Valeurs féminines et valeurs masculines

Homosexuel revendiqué, celui-ci plaide pour le droit à la « sensibilité ». « Si j’ai ce penchant et si j’aime me tenir comme ça ou avoir une voix plus efféminée, ça ne fait pas de moi quelqu’un d’homosexuel ou pas », explique-t-il. Sauf que personne n’a dit cela, et qu’en l’occurrence, on ne voit pas bien ce que l’homosexualité vient faire là-dedans. Ici, il n’est pas question d’identité sexuelle mais de posture, masculine ou féminine. Et n’en déplaise à ce cher Eddy, il existe de toute éternité des codes, des valeurs et des comportements typiquement féminins ou typiquement masculins.

En effet, l’histoire de l’évolution de l’humanité a poussé le mauvais goût jusqu’à installer naturellement des rôles dans la société. Les valeurs masculines étant vouées à la force, à la conquête et à la protection, les valeurs féminines étant pour leur part généralement tournées vers la douceur, l’intelligence sociale et la maternité. Que les féministes soient en difficulté respiratoire à cette lecture ne changera rien au constat.

Au fond, ce que la société a mis en place naturellement à travers les siècles, c’est ce qu’Eddy de Pretto appelle une « pression sociale ». Et cette pression, qui invite les hommes à occuper leur place au sein de la norme, nécessaire à tout groupe humain, l’artiste la refuse. Fils d’un chauffeur routier fan de football qui n’avait probablement pas le temps de philosopher autour d’un joint après son cours de socio, le rappeur est visiblement traumatisé de s’être entendu dire : « Tu ne peux pas aller faire de la danse, du théâtre ou de la chanson parce que c’est pour les filles. »

Une « pression sociale » insupportable qui ne l’a pourtant pas empêché de mener sa vie artistique… qu’il utilise aujourd’hui pour dénoncer cette « virilité abusive » qui, au final, ne lui a rien imposé. N’est pas Brel qui veut. Même Libération, parlant de son premier album, souligne « un misérabilisme de chien de la casse piqué ». C’est dire !

Quelle conclusion tirer de ces lamentations ? 

Concrètement, le principal problème d’Eddy de Pretto est classique, et nous l’abordons d’ailleurs dans notre Session Alpha. Préférant son « droit à la sensibilité » aux injonctions de la société qui le poussent à être « fort » et à « porter le foyer », s’estimant incapable de tenir le rôle qu’on attend de lui en tant qu’homme, l’artiste pourrait se contenter de le refuser pour lui-même, car c’est son droit le plus strict. 

Mais que fait-il à travers ses chansons et ses interviews ? Non seulement il refuse de s’y plier, mais, comportement habituel et pareil cas, il les refuse également en tant que norme sociale, et donc pour les autres. À cela, nous ne pouvons que répondre deux choses :

  • Chacun est libre de refuser les normes masculines et féminines. Par définition, une norme est faite pour structurer une société, et chaque société bien portante tolère naturellement l’existence de différences à sa marge. Les valeurs et les rôles attribués aux hommes et aux femmes se sont mis en place naturellement et il est stupide, au prétexte que depuis l’après-guerre nous vivons dans le confort et une relative sécurité, de les remettre en cause de manière absolue. 
  • Cette « pression sociale » qu’Eddy de Pretto condamne avec des airs de chiens battus ne l’a en rien empêché de mener sa vie selon ses désirs et ses droits. On a connu pire en matière de tragédie existentielle… Il est donc d’autant plus ridicule de venir aujourd’hui se lamenter en chanson, en confondant au passage féminité et homosexualité, dans le but de vendre des disques.

Sujet clos.

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