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Retour sur le « buzz » twitter à propos du code de la route et les hommes

Par Julien Rochedy

Hier (mercredi 6 juillet 2018), je me levai du mauvais pied et décidai de « clasher » sur Twitter toutes les nouvelles réglementations en vigueur dans le domaine de la sécurité routière. En ligne de mire : la Loi sur les 80kmh, stupide et inutile. De fil en aiguille, j’en vins à clasher également, dans un Thread, le principe du stage de recouvrement de points. En moins de 2h, je me retrouvai en « top tendance » de Twitter.

Pour ce faire, j’usai d’abord d’une exagération à propos de mes points restants et du nombre de stages que j’avais déjà effectué. J’annonçais 2 points restants et déjà 4 stages réalisés, tandis qu’après vérifications, je suis en réalité plus proche des 5 points et des 2 stages. Mais ceci n’est qu’un détail sans importance pour mon propos, que je précise toutefois car beaucoup de gens ne se sont concentrés que sur ce détail plutôt que de débattre de l’idée général de mon thread. Je précise aussi que j’ai fait des milliers de kilomètres en provinces pendant des années (il m’arrivait de rouler 6 à 7h par jour pendant des semaines), ce qui ne semble pas être le cas de la plupart de mes détracteurs.

Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt

Mon propos sur les stages, lapidaire par nature (twitter oblige…), exprimait plusieurs idées :

  • Ceux-ci sont une aberration pour la plupart des pays dans le monde, ils sont inutiles (on y apprend pas grand chose et on s’y ennuie pendant 2 jours) et ils coutent chers.
  • La majorité des personnes présentes à ces stages sont des hommes, et pour beaucoup des professions libérales (artisans, chefs d’entreprise etc.).
  • Je trouve cocasse et intéressant, comme portrait sociologique, presque littéraire, de voir des hommes pareils se faire donner la leçon pendant 2 jours et s’entendre parler comme à des enfants par des pédagogues souvent caricaturaux.
  • Je m’interroge sur un système qui pénalise surtout (et rackette) des travailleurs, dont la plupart n’ont rien, en vérité, de chauffards dangereux.

En somme, mes tweets étaient essentiellement faits pour dénoncer le système du permis à points, l’arnaque et le côté ridicule des stages ainsi que la propension actuelle à faire la morale à des hommes dont la plupart, de part leur métier et leur situation, sont sans doute beaucoup plus responsables (et bons conducteurs) que la plupart des petits citadins bobos manifestement très à cheval sur le code de la route.

Or, ces quelques tweets ont suscité l’ire de nombre de ces derniers, leur donnant l’occasion de voir en moi :

  • Une volonté de supprimer le code de la route
  • Un défenseur des chauffards alcoolisés
  • Un viriliste masculiniste qui considérait que rouler vite (et tuer des gens) était sans doute quelque chose de positif.

Je crois inutile de préciser à quel point tout cela n’a aucun sens.

Esclaves heureux et contents au nom du « bien »

Bon, il est vrai que suite aux premières attaques, je décidai de ne pas les épargner, les traitant indistinctement d’esclaves, de larbins du système et de grosses flaques. Disons que voir toute cette meute (des milliers de messages reçus en quelques heures) m’attaquer, eut le don de m’énerver et d’aiguiser encore plus ma combativité.

Mais peut-être y suis-je allé un peu fort. Le fait est que je ne m’imaginais pas une seconde que tant de personnes tenaient comme à la prunelle de leurs yeux au système répressif de la sécurité routière française. Chez moi, en Ardèche, je ne connais pas un homme qui n’a pas déjà râlé violemment à son encontre. Il m’apparaissait qu’il était dans le caractère français que d’être naturellement rétif à ces processus d’infantilisation (« mets ta ceinture ou le policier te grondera ») et de racket généralisé (tous ces radars sont surtout de nouveaux impôts déguisés). Mais non, apparemment le caractère français, râleur, rebelle et frondeur, se délite à vitesse grand V dans certaines parties de la population (essentiellement citadine et bobo) et j’ai ainsi pu voir de très nombreuses personnes n’avoir qu’un argument à la bouche : « si tu respectais le code de la route tu n’aurais pas à payer des amendes et des stages » comme des bons esclaves qu’ils sont, sans jamais être capables de réfléchir plus en profondeur au système qui, sous des dehors de bonnes intentions (moins de morts sur les routes), les exploite totalement . Non. « Papa l’Etat a dit que c’était pour notre bien, on a même vu ça à la TV, donc obéis à Papa l’Etat ». Je m’aperçois que nous arrivons à un stade où seule la bonne intention compte, c’est à dire la surface des choses, et que celle-ci peut ensuite tout justifier. Les leçons des antitotalitaires du XXème siècle, notamment le classique « l’enfer est pavé de bonnes intentions », semblent être complètement oubliées par le citadin ordinaire moderne. Dites lui que c’est pour le Bien (qui voudrait plus de morts sur les routes honnêtement ?) et vous pouvez ensuite lui faire les poches tranquillement. Cette nouvelle propension française, naïve et infantile, si éloignée de ce qu’était le caractère français de l’époque, me désole absolument.

Responsabilité et liberté : maîtres-mots d’une sécurité routière juste et efficace

Bien entendu que l’on ne peut pas tout se permettre sur la route. Bien entendu qu’il faut un code et qu’il faut réprimer les comportements excessifs et dangereux. Mais d’abord, n’oublions pas que la salutaire baisse de la mortalité sur la route est essentiellement le fait de l’amélioration fantastique des voitures et de l’entretien des routes, et en aucun cas la conséquence de la répression routière.

Je défends un système qui placerait le principe de responsabilité au cœur de son dispositif, quitte à aggraver les peines pour ceux qui, délibérément, mettraient en danger la vie d’autrui.

Ces « bad buzz » Twitter sont l’occasion de mettre les points sur les I, de faire naitre des débats, de rencontrer beaucoup de personnes (en dehors du flot d’insultes de la part de ceux qui ne voulaient pas comprendre ce que j’avais dit, j’ai reçu de nombreux mails très intéressants de gens que je veux/vais désormais rencontrer), et, bien sûr, juste pour son petit plaisir, de faire rager les flaques. Opération réussie.

PS : cette affaire a évidemment un lien avec Major pour au moins 2 raisons. La première, parce qu’elle concerne l’infantilisation, l soumission et la déresponsabilisation à l’oeuvre dans la société, au nom du Bien. La deuxième, car beaucoup de mes détracteurs n’ont pas voulu voir mes propos, mais “le masculiniste obsédé par la virilité” (tellement stupide…) faisant l’apologie de la vitesse. 

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