Home > Caractère > Attitude/charisme > L’homme : être un loup ou un chien ? (partie I)

L’homme : être un loup ou un chien ? (partie I)

Le loup et le chien incarnent deux facettes d’une quasi-même espèce, comme deux frères élevés ensemble dans leur jeunesse mais qui se seraient perdus de vue en grandissant, au point de devenir totalement dissemblables. Ces deux animaux sont très proches de l’homme, vivant avec lui depuis la nuit des temps. L’un, le chien, devint son meilleur compagnon ; l’autre, le loup, ne cessa d’alimenter ses fantasmes et ses peurs. Ces deux frères représentent symboliquement deux états possibles et opposés pour l’homme : le soumis et l’insoumis, le domestiqué et le sauvage, le stable et l’imprévisible, le dominé et le dominant. Ces « états », ces façons d’être, voire ces natures, sont toujours en lutte constante à l’intérieur de l’homme, les deux types envoyant constamment des injonctions contradictoires, entre exigences sociétales et instincts primitifs. Faut-il donc écouter davantage le chien ou le loup en nous ?

La fascination de l’homme pour le loup

Le loup a toujours fasciné l’homme, entre haine, peur et attirance profonde. Le mythe ancien du lycanthrope, du loup-garou, c’est à dire de l’homme qui se transforme en bête, en témoigne absolument. Comment interpréter cette fascination ? Est-elle l’unique conséquence du danger que représenta le loup pour l’homme et ses troupeaux pendant des millénaires, ou existe-il une raison plus profonde encore ?

Le secret de cette fascination se trouve sans doute dans l’organisation sociale du loup, laquelle rappelle en tous points celle de l’humanité durant la majeure partie de son existence (Homo sapiens et Neandertal). Le loup fonctionne en meute, généralement entre une dizaine et une vingtaine d’individus. Cette meute est solidement organisée hiérarchiquement, avec un mâle alpha (le dominant), seul reproducteur, quelques bêtas (les bras droits de l’alpha, qui peuvent le remplacer s’il meurt ou s’il devient trop faible), les gamma (les dominés), qui font vivre la meute au quotidien (nous dirions pour nous : « qui travaillent »), ainsi qu’un omega, c’est à dire une victime contre lequel se concentre toute l’agressivité de la meute pour que celle-ci n’explose pas (ceux qui ont lu le Bouc émissaire de René Girard comprendront d’autant mieux ce phénomène). Chaque meute règne sur un territoire et celles-ci peuvent se confronter (guerre), mais différentes meutes peuvent parfois se rassembler pour faire face à un trop gros danger ou pour tuer une trop grosse proie (collaboration).

Autrement dit, cette façon de vivre est presque identique à celle de l’homme lors de sa formation génétique. Pendant 4 millions d’années (pré-humain), et environ 100 000 ans (Homo sapiens), ses gènes, son cerveau (et son fonctionnement), ses habitudes et tous les déterminismes qui vont avec, se sont créés à travers ce même mode de vie, et qui plus est dans des environnements similaires (forêts).

Le loup et son mode de vie sont donc comme des perpétuelles réminiscences de notre propre humanité, de notre propre passé ; un passé d’autant plus important qu’il ne concerne pas une page de notre histoire, comme on penserait au moyen-âge ou à l’antiquité, mais bien plutôt à l’essentiel de notre histoire (nous ne sommes « civilisés » que depuis 10 000 ans). Le loup est en quelque sorte un miroir de notre humanité primitive, c’est à dire, en définitive, de nos gènes (ou de notre inconscient).

De quoi le loup est-il le nom ?

Dans notre inconscient et en rapport à l’homme, le loup incarne :

  • La liberté. Le loup jouit de grands espaces et son organisation en meute (société simple) l’exonère de toutes les contraintes des sociétés complexes (civilisation, lois, stratification etc.).
  • La force. Sa vie sauvage l’a rendu robuste et puissant.
  • La chasse. Le loup ne cultive pas, il chasse pour se nourrir.
  • La dominance. Le loup est un animal dominant dans la forêt.
  • La dureté. Le loup vit dans une société où le plus faible est dominé et où le plus fort domine. Il n’a aucune notion « d’égalité ».
  • Le caractère indomptable et l’instabilité. Le loup ne peut pas être dressé. Et même lorsqu’on croit y parvenir, il faut toujours s’en méfier : il peut mordre ou partir à tout moment.

De quoi le chien est-il le nom ?

Le chien est le meilleur ami de l’homme, car il lui est avant tout soumis, au point qu’il ne pourrait plus vivre sans son secours et sa présence. Des millénaires de dressage ont fait de lui un animal fidèle, dans la mesure où sa fidélité fut déterminé par la nécessité qu’il avait (et qu’il a toujours) de rester attaché à son maître pour survivre. En effet, le chien a perdu une grande partie de ses instincts de chasseur : il doit désormais attendre après l’homme pour être nourri. En retour, le chien lui offre toutes ses compétences, qui sont grandes et nombreuses : sécurité, garde des troupeaux (ou de la bourse), alerte en cas d’arrivée de prédateurs (ours, loups), auxiliaires de chasse, pisteurs, affection, etc. D’un point de vue symbolique, le chien ressemblerait donc plus à l’homme quittant le paléolithique pour le néolithique et la civilisation. Dans son inconscient et son rapport à l’homme, le chien incarne donc :

  • La sédentarisation. Le chien reste dans son jardin et ne sort que sur permission, en promenades.
  • La servitude. Le chien est soumis aux désideratas de l’homme.
  • La fidélité. Le chien est le symbole par excellence de la fidélité à son maitre, pour toute sa vie.
  • La stabilité. Ce que l’on attend du chien est qu’il soit stable, qu’il ne puisse pas se sauver et s’enfuir subitement.
  • La bienveillance. Le chien ne doit surtout pas mordre ou se montrer soudainement agressif. A rapprocher de la stabilité : le comportement du chien doit être au maximum prévisible.
  • L’utilité. Le chien est un animal utile à l’homme. Il est serviable.

 

Suite prochainement : Pourquoi la femme aime le loup mais veut un chien/pourquoi la société a besoin des loups mais n’engendre que des chiens/Pourquoi et comment l’homme doit être un peu des deux.

Nous vous conseillons aussi
Sauvage, violent et libre : pourquoi on est red dingues de Red Dead Redemption
Pourquoi les femmes aiment les loups mais veulent des chiens (partie III)
Les Centurions, derniers hommes de la littérature
La société a besoin de loups mais fabrique des chiens (partie II)