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La société a besoin de loups mais fabrique des chiens (partie II)

Dans la partie 1 (L’homme : être un loup ou un chien), nous avons étudié la symbolique du loup et du chien et ses causes probables. Bien sûr, il ne s’agissait que de symbolique, à la manière de la célèbre fable de La Fontaine (Le loup et le chien). Nous avons tenté une explication de la fascination qu’exerce le loup sur l’homme en comparant son mode de vie avec celui de la genèse-jeunesse de l’humanité, découvrant par là une similarité qui pourrait tout à fait se loger encore bien profond dans nos inconscients actuels. Cette symbolique homme/chien et ses déterminants ont-ils quelque chose à nous dire sur nos comportements sociaux ?

La domestication de l’homme

La civilisation est une sorte domestication de l’homme par l’homme. Il y a 10 000/15 000 ans, l’homme cessa de vivre comme un loup (chasseur cueilleur) pour embrasser une vie agricole et municipale. Cette sédentarisation et cette socialisation poussée conduiront à l’établissement de sociétés complexes qui, en se complexifiant toujours plus, entrent en décadence et finissent par s’effondrer (lire : L’effondrement des sociétés complexes par Joseph Tainter). Dans un environnement de chasseurs-cueilleurs ou dans une société encore relativement simple, c’est à dire saine et naturelle, les hommes jouissent encore d’une indépendance farouche vis à vis du pouvoir et les hiérarchies naturelles sont respectées. Dans une société complexe, l’homme est victime de surstimulation, de stress, les hiérarchies naturelles sont bouleversées et doit se placer en position d’esclave vis à vis du pouvoir. Comme l’écrit le philosophe Peter Sloterdijk dans Règles pour le parc humain, la société est fondée à chercher à domestiquer l’homme (par l’éducation, l’école, le travail, les « valeurs » etc.) pour lui retirer ses attributs sauvages, violents, querelleurs, indépendants, libres etc. Les civilisations se développent, selon Wadley et Martin, parce que le comportement des humains dut être changé : ils durent réduire leur agressivité, devenir plus tolérants à une vie sédentaire dans des groupes surpeuplés, s’habituer à un travail régulier et être plus facilement subjugués par les leaders. Ce que Nietzsche appellerait d’un ton sarcastique « l’homme bon », c’est à dire en somme, l’homme esclave.

La civilisation tient par un nerf viril et sauvage

Or, l’élan premier, la force vitale, qui permirent l’élaboration des sociétés, de leur survie et de leur développement, provient aussi de ces qualités symboliquement propre au loup. S’en passer signifierait, à terme, la stagnation et l’effondrement de ces sociétés, lesquelles ne tiennent que par un nerf viril. Pour le comprendre, il nous suffit de nous rappeler la thèse du philosophe Emmanuel Kant : l’insociable sociabilité. Celle-ci nous explique que l’homme est naturellement animé par deux sentiments antagonistes vis à vis d’autrui : une sociabilité lui permettant de s’associer à l’autre et à rechercher la vie en commun, et une insociabilité le poussant à la rivalité et à la poursuite de son propre désir. Pour Kant, ce sont ces deux sentiments qui permettent à l’homme de maximiser au mieux ses dispositions, car c’est de cette rivalité, de cette agressivité et de cette indépendance que naitraient les arts, la science et, d’une manière générale, tout ce qui permet le développement.

Sternhell écrit, à propos de la pensée de Jouvenel : « entre le moment où à la fin du Xème siècle, l’Europe commence à se hérisser de châteaux forts et jusqu’en l’an 1552 où Henri II, Roi de France, est tué au cours d’un tournoi, l’Europe produisit un type d’homme qui devait assurer sa suprématie : chef de famille et de clan, guerrier et propriétaire, jouissant d’une large autorité à l’égard des siens et d’une large indépendance à l’égard de l’Etat. Aussi longtemps qu’une société produit un tel type d’homme, aussi longtemps qu’elle l’admire, c’est une société en progrès. Quand ce type d’homme cesse d’être estimé et disparaît, alors débute le processus de décadence. »

L’homme civilisé doit être un chien sauvage

Pour résumer la leçon symbolique de l’homme entre le chien et le loup dans la civilisation, nous pourrions dire que l’homme, s’il est nécessairement domestiqué du fait de vivre en société, doit toutefois conserver au maximum toutes les qualités sauvages symboliquement propre au loup, c’est à dire les siennes durant la plus grande période de son existence sur terre.

Il doit prendre garde à la société et à l’Etat, lesquels ont tendance à toujours chercher à nous domestiquer davantage pour nous rendre complètement inoffensif et obéissant.

Les qualités symboliques du loup que sont : l’indépendance, la liberté, la dominance, la compétition, la dureté et la force sont toujours absolument nécessaires, et peut-être encore davantage en état de domestication (forcée ou voulue) dans une société complexe. Ces qualités seules, cultivées intelligemment, permettent de maintenir vivante une société. Avec elles, la société se garde de tout despotisme, continue de se développer et assure à la fois sa sécurité et son renouvellement. Vous l’aurez compris : tout ce que nous perdons dans nos sociétés d’Europe occidentale, du fait, sans doute, de la trop grande domestication de l’homme, étant inexorablement passé du chien loup au bon toutou.

SUITE DANS LA PARTIE III : Pourquoi les femmes aiment les loups mais veulent des chiens.

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