Home > Caractère > Aventures > La marche selon Henry David Thoreau

On parlera bientôt, plus en détail, des bienfaits de la marche pour l’homme, qu’il s’agisse de la marche comme activité physique, pratiquée dans l’histoire par les plus grands génies, ou comme source d’inspiration et de méditation.

Pour l’heure, penchons-nous sur la vision qu’en avait Henry David Thoreau. Dans son livre « De la marche », le philosophe américain nous livre sa vision quasi-métaphysique de la marche à pied. Une sorte d’aventure pour l’esprit. Pour Thoreau, les marcheurs errants ne sont autres, à son époque, que les derniers vestiges de l’esprit chevaleresque. Déjà en son temps, le philosophe blâme ceux qui, à trois heures de l’après-midi, restent assis et inactifs « comme s’il était trois heures du matin ». Plus encore aujourd’hui, ce constat s’applique. À quelle race d’homme, sinon celle de l’homme classique, appartient celui qui, malgré les distractions et les facilités de la modernité, décide de se lever pour marcher, seul avec lui-même ?

En outre, la marche est également un moteur pour l’esprit (et on en parlera bientôt). Thoreau cite l’exemple de Wordworth. Lorsqu’un voyageur demande à la domestique du poète anglais de lui montrer son bureau, celle-ci le conduit à sa bibliothèque et lance : « Voici sa bibliothèque, mais son bureau est en plein air. »

Comment « bien marcher » selon Thoreau ?

Henry David Thoreau

Pour le philosophe, auteur du célèbre « Walden, ou la vie dans les bois », la marche ne doit pas être un exercice convenu, sur des sentiers tracés, d’un point A à un point B. Alors qu’il vivait au milieu des bois, dans sa cabane, Thoreau se plaisait à sortir marcher, l’après-midi, sans aucun but en tête, se laissant simplement porter par son intuition. C’est à cette occasion qu’il a fait cette découverte : « Il y a en fait une sorte d’harmonie qui se peut découvrir entre les possibilités du paysage, à l’intérieur d’un cercle d’un rayon de dix miles, en d’autres termes les limites d’un après-midi de marche, et les quelque soixante-dix années d’une existence humaine. Cela ne vous deviendra jamais chose familière. » Aucun risque, donc, de tomber dans une routine, même sans aller très loin !

Évidemment, à notre époque, cet exercice est plus compliqué. L’écrivain Sylvain Tesson l’a constaté également lors de son périple à travers la France (cf. « Sur les Chemins noirs », Gallimard, 2016) : aujourd’hui, tout est clôturé, privé, tracé, balisé. Néanmoins, l’état d’esprit du marcheur errant peu toujours s’exprimer dans la nature. Et pas d’inquiétude concernant votre chemin : Thoreau pense qu’il existe « un magnétisme subtil dans la Nature qui, si nous y cédons inconsciemment, nous indique la bonne direction ». Il suffit donc de se laisser porter.

Se reconnecter à la vie sauvage

Certes, la liberté du marcheur est grande. Mais pour le philosophe, il existe néanmoins des symboliques. Si nous allons vers l’est, c’est pour « appréhender l’Histoire et étudier les œuvres d’art et de littérature, en remontant les traces de la race ». En revanche, nous nous dirigeons vers l’ouest « comme vers le futur, avec un esprit d’entreprise et d’aventure ». 

Mais surtout, Thoreau voit la marche comme un moyen de se reconnecter à la vie sauvage, et donc au sauvage qui demeure au fond de chaque homme. Pour lui, « dans la vie sauvage repose la sauvegarde du monde ». Et de poursuivre : « Des forêts et de la vie sauvage, proviennent les toniques et les écorces qui revigorent le genre humain. Nos ancêtres étaient des sauvages. L’histoire de Romulus et Remus allaités par une louve n’est pas une fable dénuée de sens. Tous les fondateurs d’États qui ont atteint une position éminente ont puisé leur nourriture et leur vigueur d’une source sauvage semblable. C’est parce que les enfants de l’Empire ne furent pas allaités par la louve qu’ils furent vaincus et déportés par les enfants des forêts du Nord qui, eux, l’avaient été. »

La marche, pour l’homme, présente donc plusieurs avantages : pratiquer une activité physique, aérer son esprit, trouver l’inspiration, méditer, mais aussi, comme nous venons de le voir avec Thoreau, entretenir cet esprit d’aventure propre à chacun de nous et surtout, se reconnecter avec la fibre sauvage que nous nous devons de conserver.

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