Home > Culture > Histoire > En finir avec le bobard : « c’est grâce aux conquêtes féministes que les femmes peuvent travailler aujourd’hui ».

En finir avec le bobard : « c’est grâce aux conquêtes féministes que les femmes peuvent travailler aujourd’hui ».

A force de répéter quelque chose, quoique ce soit, cette chose finit nécessairement par entrer dans les têtes et à participer de « l’esprit du temps » – c’est à dire l’ensemble des croyances et des idées-reçues d’une société à un moment donné – au point que plus personne ne le remette en question. Le poncif : « c’est grâce aux conquêtes féministes que les femmes peuvent travailler aujourd’hui » fait incontestablement parti de ces postulats modernes sur lequel personne ne réfléchit plus. Même chez les féministo-sceptiques, cette fausse vérité est souvent acceptée comme une vérité établie. Or, il s’agit d’un bobard absolu qu’il est grand temps de démonter.

La nature du travail de l’époque

Le postulat de l’époque féministes (version stupide) est désormais celui-ci : « Avant, les femmes ne pouvaient pas travailler car seuls les hommes s’arrogeaient ce droit pour garder le contrôle via l’économie. Ils empêchaient donc les femmes de travailler afin de préserver leur domination (sur elles). Grâce aux conquêtes féministes du XXe siècle, les femmes ont désormais accès au travail et peuvent donc enfin prétendre à l’égalité avec les hommes ». Voilà, en résumé, ce que l’on nous apprend, ce que l’on entend partout, et ce que la majorité des gens (femmes et hommes compris) pensent. Ceci est bien joli, mais c’est faux. Pour s’en convaincre, il suffit de réfléchir un tout petit peu sur la nature du travail de l’époque.

Pendant des siècles, voire des millénaires, le travail était essentiellement concentré dans le secteur primaire, à savoir l’agriculture, puis, avec l’avènement de la société moderne, dans le secteur secondaire, à savoir l’industrie lourde. Qui a déjà travaillé dans un champ toute une journée (comme votre serviteur) sans l’aide de machines (faucher un champ par exemple) sait combien ce travail nécessite de force physique. Il en était de même dans les usines et industrie lourde, dans lesquelles la mortalité était très élevée du fait des conditions de travail extrêmement pénibles et éprouvantes physiquement.

Si les femmes travaillaient « moins » que les hommes à l’époque, ce n’était donc pas au prétexte que les hommes étaient d’odieux machistes refusant aux femmes le travail, mais simplement parce que la nature de celui-ci demandait essentiellement, et sans condition, une force physique généralement plus développée chez les hommes.

C’est tout. Et c’est tellement vrai que dans tous les secteurs qui ne demandaient pas une force et une résistance physique supérieures, les femmes travaillaient, comme elles ont, en vérité, toujours travaillé. Ainsi pouvons-nous les voir dans les ateliers de confection (tissages, petites industries, artisanat léger etc.) et ce depuis l’antiquité.

La révolution socio-économique

Si les femmes sont arrivées sur le marché du travail, ce n’est en aucun cas en vertu de « courageuses luttes féministes » mais seulement parce que la nature du travail a profondément changé au XXème siècle. Le secteur primaire (agriculture) et le secteur secondaire (l’industrie), autrefois dominants, ont décliné au profit du seul secteur tertiaire (les services). Désormais, l’essentiel du travail actuel ne demande plus du tout une force et une résistance physique typiquement masculines (travailler dans un bureau derrière un ordinateur peut être indistinctement fait par une femme ou par un homme). Dès lors, les femmes, puisqu’elles ont toujours travaillé dans ce qu’elles pouvaient faire, sont arrivées en masse dans le marché du travail car celui-ci était enfin à leur portée.

Il s’agit là d’un mouvement de l’Histoire absolument normal et en rien une lutte des gentilles femmes contre les méchants hommes dominants. Mais les êtres humains ont toujours besoin d’apposer une narration valorisante et intelligible à des phénomènes socio-économiques et technologiques irrépressibles. Il ne faut donc pas confondre la narration actuelle (« les femmes ont conquis le droit au travail de haute lutte »), laquelle n’est qu’une histoire inventée, avec les faits purs et glacés (« la technologie a changé la nature du travail, les femmes peuvent donc aujourd’hui travailler plus massivement »).

Nous n’évoqueront même pas ici d’autres facteurs socio-économiques comme, par exemple, l’entrée du monde capitaliste dans sa forme consumériste, laquelle demandait par conséquent et nécessairement davantage de consommateurs – d’où un besoin logique d’augmenter considérablement leur quantité (en valeur comme en nombre) par l’arrivée massive des femmes dans le marché du travail. Bref, autant de vérités autrement plus sérieuses que les vanités de quelques féministes qui utilisent ce genre d’arguments pour faire croire qu’on leur doit quelque chose.

Les prétendues « luttes féministes » ne sont que la surface des choses. L’écume des vagues historiques. Une narration orgueilleuse utilisée pour masquer les bouleversements socio-économiques naturels et irréversibles – et donc légitimes. Voilà qui est bon à savoir pour leur claquer le beignet.

Nous vous conseillons aussi
Le sexe est-il sain ou décadent chez un homme et dans une société ?
Pourquoi il faut marier orgueil et sens de l’humour : l’exemple anglais
« Virilité abusive », ou les délires du rappeur Eddy de Pretto
Retour sur le « buzz » twitter à propos du code de la route et les hommes